La fanfare de Brain sur Longuenée

 

 

          

 

            Année 1907 - Des fêtes laïques à Brain sur Longuenée.

 

            Une musique avait été fondée à Brain sur Longuenée par monsieur Joseph Dubois, instituteur en cette commune. Les membres de cette fanfare étaient M. René Allard, chantre, beau-frère de l’instituteur, M. Auguste Ollive, menuisier ; M. Camille Bedouet, cordonnier ; M. Michel, menuisier ; etc… Je ne veux pas les nommer tous ; ils ne sont pas dignes de passer à la postérité.

            Leur règlement, d’après des données certaines, portait qu’ils ne devaient paraître à aucune fête civile et religieuse. On reconnaît ici l’inspiration du pédagogue. Mais l’ambition se développe avec l’âge ; le jeune homme a des passions que ne connaît pas l’enfant. Ils aspirèrent à fêter le quatorze juillet ; firent appel à la générosité du public ; suite aux remarques qu’on leur fit en certaines maisons, les musiciens modifièrent leur programme. Ils dirent qu’ils iraient aux cérémonies religieuses s’ils étaient invités ; mais avec le temps, les idées de derrière la tête se manifestèrent peu à peu et il suffit d’une circonstance pour les faire paraître au grand jour.

            Une fête est préparée ; les enfants de l’école vont préparer une petite pièce ; la musique lancera dans les airs des flots d’harmonie plus ou moins pure. Mais que faire ? qui inviter ? On va d’abord choisir des membres honoraires, inviter les membres du conseil municipal. Mais le curé et son vicaire ? A Vern, le clergé est invité et assiste aux séances. A Brain, c’est bien simple ; on se retranche derrière la neutralité et le tour est joué.

            Mais quelle bévue ! L’ancien maire, révoqué pour avoir noblement fait son devoir en remplaçant les christs dans les classes, vient à la pièce un peu en retard il est vrai. Cependant il est conseiller d’arrondissement et président de cette assemblée ; hélas ! tout le monde est cloué d’étonnement sur sa chaise ou son banc, personne n’avait songé à ce terrible incident. M. de Montergon serre la main à ses collègues et pas un seul ne songe à réparer le regrettable oubli du chef de musique ; personne ne se lève pour céder sa place à ce collègue influent mais par trop embarrassant en cette circonstance. Ainsi en est-il de ceux qui remplissent noblement leur devoir, M. de Montergon fut renié par ses collègues et laissé humblement au bout d’un banc.

            Deux jours plus tard, M. de Montergon exprima froidement son opinion à M. l’instituteur et manifesta son étonnement de n’avoir pas vu M. le Curé de la paroisse à la place d’honneur. M. le Curé écrivit lui-même à M. l’instituteur pour se plaindre de la conduite de ce dernier envers M. de Montergon ; car le maître d’école est payé par le gouvernement pour enseigner la politesse aux enfants et doit respecter les élus du suffrage universel. En même temps il indiqua sa peine d’avoir été mis à l’écart ; fit remarquer à M. l’instituteur combien sa conduite paraissait hostile au clergé et deviendrait dangereuse pour lui maître d’école. De plus n’étant pas invité aux fêtes des musiciens, M. le Curé  ne pourrait pas les inviter aux fêtes de l’église. D’ailleurs M. le Curé était résolu à combattre par tous les moyens possibles ces principes de neutralité ; que ces principes conduiraient à l’anticléricalisme.

            Enfin, le dernier jour de fête était arrivé. C’était le tour de braillards ; ils s’étaient donné rendez-vous pour acclamer le maître d’école et les jeunes gens. « Vive M. Dubois ; vivent les jeunes gens ! » Tout était fini ; la patrie était sauvée et la guerre allumée. - signé Dalibon.

 

 

           

 

 

 

 

 

Sources : Récit du Curé Dalibon (à Brain de 1901 à 1907), carte postale, collection privée de Marie Odile Moreau, photo de Jean Poussin.

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