Les
sécheresses de 1869-1870 et leurs conséquences à Brain sur Longuenée.
« La sécheresse de 1869 apporte
une récolte moyenne en quantité, seulement le grain est excellent et pesant. L’absence
de pluie pendant cinq mois a tari beaucoup de puits et de viviers, au point
qu’à la campagne on manquait d’eau pour abreuver les bestiaux et même pour les
besoins de la maison. Aussi, sans compter les ménages du bourg, est-on venu de
plusieurs fermes de la campagne faire leurs provisions d’eau à la fontaine et à
l’étang de la cure.
Les fruits, particulièrement les
pommes font défaut cette année dans ce pays. Et ceux qui ont été obtenus n’ont
point été de bonne qualité sous l’influence de la chaleur et de la sécheresse.
Très peu de cidre cette année.
La sécheresse devient calamiteuse en
1870. Tous les biens de la terre souffrent : prairies, froments, orges,
avoines, pommes de terre, peu de foin et de paille pour les bestiaux.
Mais quand les saisons sont
mauvaises, la foi se ravive : des prières publiques, un pèlerinage en
carrioles (une centaine de véhicules chargés de monde) au Champ des Martyrs et
une procession à Ste Emérance sont organisés.
Dans le courant du mois d’Août , la
pluie est enfin venue nous apporter ses bienfaits. Aujourd’hui , 1er
Septembre la pluie se généralise. Les navets et les colzas lèvent et seront une
ressource qui remplacera les choux. »

Cadastre de 1812
Cadastre actuel
Terrible
accident arrivé au village de la Demanchère le 18 Octobre 1870.
Par suite des longues sécheresses de cette année,
l’eau revenait lentement et défectueuse au puits des bonnes gens Grimault du
village de la Demanchère. On jugea pour cette raison que le curage en était
indispensable.
La fille de
ces braves gens, la femme Louis Guémas voulut se charger de cette opération,
plutôt que de la laisser à son mari infirme et à son père âgé. Descendue au
fond de ce puits, déjà elle en a extrait une partie de la vase, et son travail
allait s’achever promptement. Mais dans sa hâte, elle ne fait point attention
qu’elle fait trop le vide sous les pierres qui forment les premières assises de
la maçonnerie. Aussi, cet ouvrage déjà peu valide et n’ayant plus le même
appui, s’écroule-t-il tout entier sur cette malheureuse femme qui se voit
ensevelie à une profondeur de plus de 9 mètres.
L’alarme est donnée aussitôt à tout le village, aux
métairies les plus rapprochées, et bientôt jusqu’au bourg. Les hommes courent,
s’empressent d’enlever cet amas de matériaux qui comblent presque tout le
puits. Mais que peut-on trouver, sinon un cadavre broyé ? Par un hasard
des plus heureux et tout providentiel, il ne devait point en être ainsi. Dans
l’écroulement, paraît-il, des pierres se sont contre-boutées au dessus de cette
pauvre Gémas et ont formé une espèce de voûte qui l’a garantie.
Néanmoins, étroitement serrée entre les pierres
amoncelées autour d’elle, la tête forcément courbée sous cette voûte trop
basse, la pauvre femme est restée depuis 4 heures jusqu’à dix heures du soir
dans cette position fatigante qui pouvait s’aggraver de minute en minute. Sa
voix qui se faisait entendre par intervalle activait encore l’ardeur des
intrépides travailleurs, et la besogne marchait rapidement.
En femme chrétienne, la Guémas comprenait le danger
où en était sa vie et le besoin de songer à sa conscience : Aussi
demanda-t-elle de bonne heure une neuvaine à l’autel de la Ste Vierge et le
bienfait de l’absolution, précieuse faveur qui lui fut accordée. En effet,
arrivé sur le bord du puits, j’en prononçai les paroles sacrées au milieu du
recueillement de tous les assistants.
Ensuite le travail reprit avec la même énergie, tous
persuadés désormais que les efforts seront couronnés de succès. L’attente ne
fut pas trompée : un cri de joie annonça que la tête était découverte, et
successivement il en fut de même des autres parties du corps. La voilà donc
sauvée ! Pour la retirer du lieu qui devait être son tombeau, on la plaça
sur un drap, et au moyen de cordes attachées aux quatre coins, on la hissa
jusqu’en haut. Elle n’avait aucun mal : Dieu l’a permis ainsi. C’est un
miracle ! c’est un miracle ! C’est l’exclamation répétée par toutes
les bouches.
Brain-sur-Longuenée, 23 Octobre 1870, signé J.
Gourdon, Curé.
Sources, curé Gourdon, archives départementales,
Jean Poussin.
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